Ce fut en tout cas la seule attraction de la journée.
Mais ce n'est pas la première fois que cela arrive. Sur mon "arviblog", je me suis déjà plaint dans les articles sur les hommages rendus à Annecy et à Bonneville. Les bibliothécaires et les professionnels du livre aiment rendre hommage non pas à des écrivains qu'ils ont personnellement découverts et aimés, mais à des écrivains qui ont déjà été consacrés dans la presse nationale, ou qui ont reçu des prix à Paris. Ils sont paresseux, en général. Ils croient s'en sortir en choisissant des écrivains consacrés à Paris qui ont par ailleurs un lien avec la région, mais souvent, ce lien est superficiel.
Ainsi, en Haute-Savoie, on recherche souvent la présence de Michel Butor, qui y habite. Mais je doute même que ceux qui le réclament l'aient lu. Ils sont charmés parce qu'il est célèbre. Et puis il n'y habite (en Haute-Savoie) que parce que les Français ne peuvent pas habiter en Suisse et qu'il a donné des cours à l'université de Genève. Il aurait aussi bien pu habiter dans le Pays de Gex. Est-ce qu'il a fait quelque chose pour la population locale ? Cela ne l'intéresse pas spécialement. Il n'aide pas non plus les écrivains locaux. Il s'en moque.
Un jour, le salon du livre du château de Ripaille choisit de lui rendre hommage ; il est resté le temps de l'hommage, des discours : l'après-midi, il était reparti. Il n'a d'ailleurs pas vendu beaucoup de livres. La population locale ne s'intéresse pas à lui. Il n'y a que les officiels qui sont contents de pouvoir se comparer quelques minutes avec leurs homologues de la capitale.
A Bonneville, l'an passé, on a rendu hommage à John Berger, qui habite Mieussy. Il est pareillement resté une matinée, le temps de l'hommage. Les écrivains qui sont restés toute la journée ne devaient pas valoir grand-chose. (Je dois préciser que Berger est mondialement connu et qu'il était passé, déjà, à la télévision nationale ; si les organisateurs du salon l'ont lu, c'est parce qu'ils avaient pour projet de lui rendre hommage, et non pour voir s'il méritait sa célébrité : pour celle-ci, ils n'auraient jamais osé la remettre en cause. Ce ne sont que des provinciaux.)
Je n'ai évidemment rien contre ces écrivains, Berger et Butor, et d'ailleurs, je ne les ai pas lus. Ou quasiment pas. Mais quand on ne s'intéresse pas aux écrivains locaux et qu'on ne prend pas des initiatives en faveur de leur production, qu'on a même pour elle du dédain, comme cela arrive souvent chez les organisateurs de salons, il est normal que le public ne s'y intéresse pas non plus et anormal qu'on leur demande de se déplacer.